Anxieuse résilience, Mark Neocleous

Anxieuse résilience, Mark Neocleous


L’apparition de la résilience durant le développement néolibéral est significatif. Bien que cette articulation puisse paraître étrange, étant donné que la résilience suppose un rôle massif de l’état dans la planification du futur, le fait de ce futur est qu’il reste incertain et inconnu. Ainsi, comme catégorie politique, la résilience se réfère fondamentalement à une psyché politique anxieuse, inscrite dans une guerre sans fin et en perpétuelle attente d’une probable attaque. Une telle stratégie met en relief une politique de l’anticipation dans laquelle l’anticipation elle-même devient à la fois un exercice et une source d’anxiété.

Mais le terme s’est répandu jusqu’à embrasser non seulement le champ privé que le public, le personnel tout comme le politique, le subjectif tout comme l’objectif, et ainsi la résilience organisationnelle est reliée à la résilience personnelle d’une telle façon que la citoyenneté contemporaine doit être pensée à travers le « pouvoir de la résilience ». Ainsi, non loin des ouvrages précédemment mentionnés et disposés dans les étagères de bibliothèques ou librairies, nous trouverons une flopée de textes portant sur la résilience personnelle. Des livres à partir desquels le lecteur/citoyen s’entraînera et s’attachera à atteindre « l’équilibre, la confiance et la force individuelle » ou, comme le sous-titre d’un autre indique : « trouver une force intérieure et dépasser les obstacles de la vie » ; ou mieux encore : « se rétablir de ce que la vie nous envoie »12. Le citoyen qu’il soit anxieux et/ou résilient est alors pleinement reconnu et soutenu.