Au paroxysme de la mètis : se défaire de l’art pour un activisme culturel

Au paroxysme de la mètis : se défaire de l’art pour un activisme culturel


Cet essai a été rédigé par Sandra Bébié-Valérian

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Alors que nous vivons dans une période charnière de la mise en réseau et
du déploiement de l’espace symbolique dans chaque recoin du quotidien,
la question du politique émerge de l’art. La société est saturée
d’informations, d’images, d’ambiances et la tendance ne cesse de croître
avec la multiplication des médias et de leurs supports individuels. L’art est
le lieu privilégié de l’image tant dans sa critique que dans son esthétique.
Mais la perte de ce monopole accompagne un déficit d’implication de l’art,
marginalisé en tant que marchandise de l’industrie culturelle.
Ce déficit de l’art peut être qualifié de déficit politique. L’art pour l’art,
l’art autonome, peut-il se permettre de se maintenir hors des mutations
actuelles (technologiques, économiques et politiques) alors même que les
disciplines éclatent au profit du coopératif et d’une nécessaire ouverture ?
 Certes, l’art autonome ne se coupe pas des nouveaux moyens et média 
émergents, mais il n’opère que la transposition d’une tradition devenue obsolète. L’esthétisation du politique, le renoncement du politique au titre même du politique sont autant de tentatives pour maintenir un art hors le monde.

Cet hors le monde a pu un temps servir comme appui pour un art politique. Le lieu de la représentation agissant comme un miroir critique, œuvrait pour l’éveil des consciences. Mais une telle ambition ne peut aujourd’hui qu’être noyée par le flot critique de la culture de masse. L’art politique est en crise bien qu’il semble ne jamais s’être aussi bien porté.

Ce paradoxe est nourri par le succès rencontré par les activistes culturels qui ont pu tirer profit de l’art comme rempart symbolique. Mais ils ont aussi ouvert la voie à une esthétique du politique qui « n’est que de l’art ». Comment alors concilier art et politique ?