Entretien avec Aline Caillet

Entretien avec Aline Caillet


Il me semble que si l’on tient à la notion d’art politique (et j’y tiens au sens d’un art qui se soucie du monde et de l’Autre et qui pense sa place et sa responsabilité dans la cité), il faut adopter dans l’art, mutadis mutandis, une conception de la modernité comme projet inachevé, similaire à celle d’Habermas.

Car oui, il y a toujours de la domination, oui, il y a toujours de l’aliénation, oui, il y a toujours de l’oppression… Et l’urgence aujourd’hui comme hier, est de désaliéner et d’émanciper : en cela la modernité continue.

C’est pourquoi je m’inscris en faux contre des items (et parfois aussi contre les pratiques artistiques qui les soutiennent) comme ceux d’esthétique relationnelle ou même de micropolitique, en dépit de son écho deleuzien. Ils sont contre-productifs, voire idéologiquement tendancieux (pour le premier en tout cas) : ils tendent à minorer, réduire, quand ils ne le congédie pas purement et simplement, le potentiel transformateur de l’art sur la vie et les personnes. D’où le resserrement de ma réflexion sur la notion d’émancipation, salutaire lieu commun des Lumières, que le monde contemporain n’a pas encore, hélas, rendu caduque.