Estelle Brun / Dream drop

Estelle Brun / Dream drop


Dans le cadre d'Oscura :

Estelle Brun / Dream Drop
du 03 au 25 novembre 2016, ville de Ganges

Clés USB, disséminées dans l'espace public et disponibles à chacun (Clé n°1 : Médiathèque Lucie Aubrac). 

 

Une clé USB est scellée dans un mur extérieur à l’aide de mortier à prise rapide. Chacun est invité à déposer ou rechercher des fichiers contenant un récit de rêve sur une Dream drop. Ce peut être un récit de rêve vécu, un récit littéraire, une utopie, ou même une image. Il suffit de brancher un ordinateur portable sur le mur ou le support de la Dream drop pour commencer à partager du contenu. Chaque Dream drop est initialement vide à l’exception d’un fichier texte contenant un rêve et d’un fichier texte expliquant le concept du projet.

Antonin Artaud, la Révolution surréaliste, no 3, section « Rêves », 15 avril 1925

C’était un cinématographe aérien. Du haut d’un aéroplane immuable on cinématographiait l’envol d’une mécanique précise qui savait ce qu’elle faisait. L’air étant plein d’un ronron lapidaire comme la lumière qui l’emplissait. Mais le phare parfois ratait l’appareil. À la fin, nous ne fûmes plus que deux ou trois sur les ailes de la machine. L’aéroplane pendait au ciel. Je me sentais dans un équilibre odieux. Mais comme la mécanique se renversait, il nous fallut faire un tour dans le vide en nous rétablissant sur des anneaux. À la fin l’opération réussit, mais mes amis étaient partis; il ne restait plus que les mécaniciens ajusteurs qui faisaient tourner leurs vilebrequins dans le vide.

À cet instant, un des deux fils cassa :

— Arrêtez les travaux, leur criai-je, je tombe !

Nous étions à cinq cents mètres du sol.

— Patience, me répondit-on, vous êtes né pour tomber.

Il nous fallait éviter de marcher sur les ailes de la machine. Je les sentais pourtant

résistantes sous moi.

— C’est que si je tombe, hurlai-je, je savais bien que je ne sais pas voler.

Et je sentis que tout craquait.

Un cri : « Envoyez les lacets ! ».

Et immédiatement j’imaginai mes jambes saisies par le coup de rasoir du lasso, l’aéroplane

quitter mes pieds, et moi suspendu dans le vide, les pieds au plafond.

Je ne sus jamais si c’était arrivé.