Expertise, vous avez dit expertise ?


Lorsqu'il est question d'art et technologies, très vite apparaît l'idée de la fabrication, des outils, des méthodes ou encore des supports ayant été mobilisés dans une œuvre. Or, il est réducteur et par trop simpliste de réduire et, avant-tout, considérer ces formes de  création de la sorte. Il s'agit avant tout d'art, de création et d'œuvres et, si Oudeis a fait le choix de défendre ces formes de création, c'est plus en raison de leur intrication aux problématiques sociétales et dans la mesure où chacun est traversé et soumis aux enjeux technologiques. Qu'il s'agisse de communication, d'usages ou simplement de modelage du monde avec la virtualisation et abstractions des marchandises et des échanges économiques. Par ailleurs, pour un amateur d'art, pour un historien de l'art ou un artiste, il semblera incongru de "qualifier" l'art selon son champ de déploiement et de production. Art et nouvelles technologies, serait-ce reconnaître que l'art n'est pas autonome, qu'il n'existe que grâce à la technologie ? En tout cas, qualifier ainsi les formes d'art dites technologiques, c'est déjà accepter l'idée que ces productions sont atypiques, caractéristiques et qu'elles portent des enjeux spécifiques.

Il ne s'agit donc pas de faire l'apologie d'une vision techniciste de l'art mais bien évidemment, de le situer au regard d'une approche historique des medias et des moyens de communication. C'est pourquoi, lorsque nous parlons d'expertise, nous la situons dans un ensemble de champs connexes : création, commissariat, pédagogie, accompagnement de projets, théorie et production de ressources. Il n'est pas question en ces quelques lignes de définir ou expliciter un champ que nous explorons depuis des années - pour cela, nous vous laissons le soin de vous plonger dans les éditions, commissariats et ressources produites par Oudeis - néanmoins, il nous semblait intéressant et nécessaire de revenir sur une idée clé, celle de l'expertise.

Voilà un langage courant, récurrent dans certains milieux et dont les vocabulaires nous semblent plus ou moins familiers : smartphones, CMS, frameworks, GUI, opendata, open source, logiciel libre, M2M, communautés, réseaux, ranking, temps réel, domotique, capteurs, P2P, etc. La société mute aussi vite que les usages sont modelés quasiment au même moment que de nouveaux outils émergent. Ainsi, une œuvre inscrite dans les nouvelles technologies n'est pas anodine, n'est pas sans se relier à cette mutation sociétale. Une œuvre dite technologique nécessite, par conséquent, un accompagnement et un effort de médiation auprès des publics. Mais que cela soit dit clairement, les artistes, les centres d'art, les institutions, les communicants ou médiateurs ne sont pas moins désireux ni nécessiteux d'être accompagnés. Il s'agit aujourd'hui de démêler, au mieux et au plus vite, les bonnes méthodologies, les bons interlocuteurs ou encore les moyens à engager produire, créer, communiquer et se rendre visible.

 

Concrètement, lorsque nous parlons d'expertise, nous situons notre regard et compétence au croisement de l'ingénierie technique, esthétique et médiatique. Une œuvre technologique fonctionne à plusieurs niveaux, elle est multimodale et c'est, au contact d'artistes, de techniciens, commissaires, que nous avons constitué cette fameuse "expertise". L'expertise n'est pas une façon de "parler de" sans "faire". L'expertise, au sein d'Oudeis, s'est faite au contact de projets innovants, singuliers, inhabituels et dans une économie précaire, qui ont nécessité de trouver des solutions facilitées, réemployables et accessibles.

 

Tout projet engagé chez Oudeis conforte notre expertise mais s'appuie également sur un cycle décomposé en ces axes :

 

- écouter

- contextualiser

- analyser

- diagnostiquer

- chaîne de production (administrative, financière, technique, communication, bilan)

- accompagner

- valoriser

- conclure et ouvrir sur de nouvelles perspectives.

 

Alors, quand l'on parle d'expertise, il ne s'agit pas d'un effet de manche. Il s'agit de conserver son énergie au bénéfice d'un aboutissement le plus satisfaisant dans la création, la pédagogie ou la recherche. Il s'agit de déterminer avec précision et rapidité les moyens les plus adaptés pour le succès d'une action.

Ceci implique donc une connaissance, voire une maîtrise accrue, de solutions logicielles open-source et propriétaires. Ceci suppose une connaissance des réseaux professionnels pouvant être contactés pour un projet (recherche, université, entreprises, institutions), ceci engage également une connaissance approfondie de l'histoire de l'art et de l'art actuel afin de ne pas tomber dans des lieux communs ou réinventer ce qui existe déjà.

Le travail d'Oudeis, donc, comme laboratoire des arts numériques, électroniques et médiatiques, tient à la fois à un travail de veille, de concentration des données, de mise en valeur, de valorisation, d'accompagnement et d'invention (outils, ressources, usages).