Fabien Zocco en résidence

Fabien Zocco en résidence


Oudeis accueille Fabien Zocco tout le mois de juillet dans le cadre de son appel à projet Potlatch numérique.

Cette rencontre entre Oudeis et Fabien Zocco était inéluctable tant les enjeux et problématiques soulevés dans le travail de l'artiste sont proches de notre questionnement sur les nouvelles technologies, ce qu'elles suscitent, ce qu'elles changent en nous et dans la société. Il est question d'Intelligence Artificielle, de bots, de programmes et des données qui constituent notre corps virtuel. Il y a de la poésie, mais aussi de l'absurde propre à un regard dystopique, critique et révélateur de situations étranges, rendues possibles par les technologies. C'est aussi un travail de rebonds, de tissage de liens invisibles entre des données, des contenus et des hommes qui laissent de plus en plus de place à la machine.

"Survol" est un projet qui questionne le fantasme de la technologie comme appareil unificateur et reliant. L'obscurantisme banni par la science rejaillit paradoxalement par elle, diffusé largement par ses voies de communication. Le devenir humain est, somme toute, fragmenté, divisé et tourmenté par des nationalismes radicalisés.

Dans "Survol", Fabien Zocco s'appuie sur la station spatiale internationale, l'ISS, comme symbole des projections utopiques générées par la conquête spatiale. Paradoxalement, Fabien Zocco rappelle l'origine militariste de cette conquête spatiale et de la concurrence entre des États dominants qui justifie bien le terme de "conquête". De nouveaux pays se sont ajoutés depuis plusieurs années à la liste affirmant ainsi la puissance de la nation (la Chine, l'Inde, le Brézil, l'Indonésie, l'Afrique du Sud) et répondant aussi bien à des besoins de développement technologiques que patriotiques.

Dans "Survol", l'ISS opérera comme "tête de lecture" des hymnes nationaux des pays qu'elle survolera. La vitesse de vol de la station est telle, que c'est tout aussi rapidement qu'elle passera d'un hymne à l'autre, permettant d'entonner un chant étrange multilingual et pluri-sensoriel (son, images, textes).

Fabien Zocco développera donc sont projet "Survol" tout au long de la résidence, non sans la complicité théorique et réflexive de Thierry Guibert, artiste, enseignant et chercheur, inscrit dans le champ des arts multimédia, qui, comme il le mentionne lui-même, "explore depuis une quinzaine d'années l'image numérique sous toutes ses formes ; interactive, réactive, programmée, autonome".  Ces échanges entre les artistes, ainsi qu'avec l'équipe d'Oudeis, contribueront aux possibles et constitueront des ressources.

Entretien vidéo :

Fabien Zocco, résidence de recherche et création / Survol from Oudeis on Vimeo.

Mentorat et recherche


Cette rubrique réunit - dans un premier temps de manière pêle-mêle - les pistes théoriques et références liées aux projets et parcours de Fabien Zocco, issues des discussions avec Thierry Guibert.

Et pour commencer, deux références qui ont été fréquemment évoquées : Gilbert Simondon avec la mécanologie, suivi de Peter Sloterdijk.





"À mes yeux, le troisième millénaire sera l'ère de l'atmo-technique et de la technique intégrale du conteneur. La station spatiale est la métaphore clef des architectures sociales de l'ère à venir". Ni le soleil, ni la mort, Peter Sloterdijk.


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Étapes et évolutions du travail


Suivre un artiste durant plusieurs semaines, c'est inévitablement voir le projet évoluer et des choix s'opérer, en plus de répondre à des contraintes techniques.

Ces étapes ne seront plus visibles comme telles dans l'œuvre. Arrivé dans la dernière semaine de sa résidence, Fabien Zocco a ainsi pu tester différents essais graphiques de la représentation de la Terre, s'interroger sur la manière de rendre visible le parcours de l'ISS, et questionner l'usage même d'une voix de synthèse comme initialement évoqué.

Plus Fabien Zocco progresse dans son travail et effectue des mises en installation, plus il donne de la sobriété à son rendu.

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La couleur disparaît, des écrans noirs s'intercalent entre textes et progression de l'ISS autour d'un globe terrestre fantomatique, le son est ténu. Plus Fabien Zocco épure, plus il révèle la froideur avec laquelle la communauté humaine fait face à elle-même, uniformisée par l'œil de la caméra de sa hauteur orbitale.

Cette épure induit aussi un autre rapport au discours puisque Fabien Zocco invoque plusieurs pistes de lectures qui n'est pas facile d'aborder sans submerger l'œuvre. Suite à la visite d'Annie Abrahams émerge alors une nouvelle idée à révéler si elle se réalise. Cette problématique rencontrée par Fabien Zocco est tout-à-fait récurrente, comment trouver le juste équilibre entre le potentiel discursif d'une œuvre et sa forme ? Heureusement, il est aujourd'hui parfaitement admis qu'une œuvre peut être un ensemble d'éléments comportant aussi bien des traces, des informations, des modules, etc. Une autre façon d'"augmenter".