La Nuit Électronique – GMEA – le Parvis


Bernard Parmégiani : De Natura Sonorum

Pascal Baltazar : Incise / Pyrogenesis

Mathieu Chamagne : Espaces croisés

Si l'on peut se féliciter du défi que représente l'organisation d'un concert électroacoustique, genre méconnu et pointu, cette édition de la Nuit Électronique au Parvis (scène nationale de Tarbes) est toutefois un peu décevante. En effet, le spectacle de la technicité, prenant le dessus sur la qualité des interprétations, questionne une confiance trop affiché dans les moyens plutôt que dans les fins.

Ainsi, toute la pédagogie déployée pour présenter les qualités d'une disposition de la sonorisation empruntée à l'acousmatique, c'est-à-dire la spatialisation du son qui englobe le public, a été quasi-démentie lors de l'interprétation. Ceci a été particulièrement flagrant avec De Natura Sonorum de Bernard Parmégiani, qui a été interprétée de façon si frontale que l'on en oubliait que le son pouvait venir aussi bien de derrière que des côtés, les aller-retours, les croisements et diagonales, etc. Ce fût très dommage car cette pièce est ouverte à interprétation et ne souffre pas tellement une utilisation gadget d'un dispositif type acousmatique. Il manquait, ici, une intelligence ou bien une maîtrise de ce type d'interprétation.

Pascal Baltazar, avec Incises et Pyrogenesis, a beaucoup mieux réussi l'exercice, mais en partie parce que ses compositions offrent un autre type de mise en scène. En effet, contrairement à son prédécesseur, Pascal Baltazar est sur scène et fait entrer en jeu sa gestuelle corporelle. Par l'utilisation d'interfaces, élaborées spécialement pour ce genre d'interprétation, il intervient en temps réel face à son public. Ses compositions sont très réussies et très denses, au point d'éprouver une frustration quant à leur durée. Il y a certes une exploration et une recherche qui justifient amplement le travail de composition.

C'est cette dimension de composition qui manque cruellement à Mathieu Chamagne dans ses Espaces Croisés. Grâce à un outil graphique lui permettant une infinité de combinaison et de modulation de sons, Mathieu Chamagne joue particulièrement avec l'aléatoire. Mais cet aléatoire devient très vite chaos, et hélas, un chaos pas très intéressant du point de vue d'une esthétique sonore. On sent la potentialité de l'outil qui ne demande qu'à être apprivoisé et à sortir des sentiers battus. Il reste tout à inventer à partir de cet outil. Le graphisme d'ailleurs, qui accompagne les modulations sonore, est particulièrement basique et ne produit rien non plus de très enthousiasmant. On sent ici l'outil ludique et l'on se sent un peu retomber en enfance devant une palette de sons, de formes et de matières à tatonner, sauf que nous ne sommes que les témoins de cet éveil sensoriel permis par une nouvelle technologie.