Loris Gréaud – Cellar Door – Palais de Tokyo.


Voilà une exposition qui sera vite digérée tant elle fonctionne sur du pré-maché. On l'aura compris, Cellar Door n'est pas à mes yeux une réussite parce qu'elle se laisse lire comme un mode d'emploi et qu'il y a une facilité cachée derrière une fumée de conceptualité qui se justifie mal. Que l'on ne s'y méprenne pas, la simplicité, la volonté de faire une création populaire ne sont absolument pas problématiques. Mais il y a ici une volonté certaine de complexifier des codes populaires pour les renvoyer dans la sphère éthérée de l'art.

"Mon Dieu, c'est plein d'étoiles"

2001, l'Odyssée de l'Espace par Stanley Kubrick

Cellar Door est un pur produit. Un produit raffiné, qui a donc perdu de la saveur et ses propriétés d'origine. Les créations qui défilent sous nos yeux apparaissent comme des systèmes : un peu de cyber culture, de science fiction, de jeu vidéo (on reconnaîtra le Myst et Doom-like) et de pop : le tour est joué.

À première vue, l'exposition est alléchante : ambiance sonore et visuelle qui unifie l'ensemble (noir et blanc, son electro, et même parfum !), cheminement des créations reliées par des partitions (musique et texte), présence de l'artiste qui travaille en temps réel dans un aquarium (tour de contrôle, devrait-on dire) aménagé à l'entrée de l'exposition. On y découvre des sculptures qui rappellent l'univers d'Alien (des agglomérats de formes blanches ovoïdes sur lesquelles dégoulinent une matière plastique noire), une installation d'un couloir de néons dont les coupures d'éclairage créent une composition rythmique, une culture hors-sol de cresson (la biotech-art touch !), une fresque de découpe de plan à niveaux, une installation reconstituant une forêt d'arbres calcinés illuminée par la lumière blafarde diffusée par un ballon géant et enfin, une enceinte dédiée au paintball. À cela s'ajoute à l'entrée une vidéo au style 60's qui en fin de compte ressemble avant tout à un clip vidéo très inspiré de Daft Punk. À noter, en plus, la programmation d'un concert et, pour finir dans la surenchère, la présence ponctuelle d'un distributeur de bonbons créés pour l'occasion et qui n'ont le goût de rien : il vous en coutera 2 euros.

Cellar Door, c'est bien cela : du chic et du toc. Un vaisseau en carton pâte qui reproduiraient nos angoisses de la Quatrième Dimension. Même pas peur. L'installation des arbres est constituée d'un produit, nous dit-on, explosif, qui nous mettrait donc en danger. Mais il n'y a pas de lieu où l'on se sente moins en danger que dans une structure telle que le Palais de Tokyo. Un autre message mettant en garde le visiteurs contre les balles de peinture perdues n'angoisse pas plus, mais interroge sur la fonctionnalité de cette installation dédiée à être investie... et pourtant fermée.

Cellar Door est une exposition qui a peut-être été pensée comme un scénario se basant sur une identité référentielle de science-fiction jusqu'au cyber-punk, mais les vides intergalactiques sont par trop étendus pour permettre d'accrocher au Myst-ère. Tout au plus se réjouit-on de quelques trouvailles formelles.

Le Palais de Tokyo impose de plus en plus une griffe, celle de la super-production. L'artiste en est le metteur en scène, si on le lui permet à défaut du commissaire d'exposition. Ce qui est décevant, ce n'est pas tant le mélange des genres qui est autrement souhaitable, mais c'est la prédominance d'une même logique productrice de la médiocrité culturelle du box-office. Ainsi, l'art insufflé dans le cinéma peut produire des merveilles sans afficher une étiquette ART comme caution intellectuelle. Je pense à Michel Gondry et David Lynch. On peut dire la même chose pour la musique avec Aphex Twin. Loris Gréaud est, à l'inverse, un contre-exemple : l'échec de l'art à réintroduire la culture populaire dans un élan créatif et non mimétique.

Pour clore, j'interprète Cellar Door comme un gimmick à la Digitalism* estampillé Palais de Tokyo. Aussi vite oublié.

Cella Door, une exposition de Loris Gréaud au Palais de Tokyo, Paris, du 14 février 2008 - 27 avril 2008.

*Groupe plus que fortement inspiré Daft Punk.