At the Curb of the Real – À la limite du réel, une exposition de Bjorn Erik Haugen.

At the Curb of the Real – À la limite du réel, une exposition de Bjorn Erik Haugen.


La proposition de consacrer une exposition au travail de Bjørn Erik Haugen est venu dquestionnerment de notre rapport aux images, à leur fabrication et à leurs sources, alors même que ces dernières se multiplient et deviennent de plus en plus invérifiables.

Depuis les premiers temps de la photographie et du film les artistes jouent avec les images et se jouent d'elles au sens propre comme au sens figuré : l'image médiatique, l'image politique, l'imag-inaire, etc.

Bjørn Erik Haugen, par son travail, cherche à nous montrer que l'image ne relève pas uniquement de l'industrie du loisir ou du commerce, mais tire bien sa source d'une réalité. Là où les choses se compliquent, c'est dans le renversement sur la perception de cette réalité opérée par l'image : la réalité vue à travers le filtre de l'image et de son appareil provoque non plus un rapprochement, mais une distanciation face à l'horreur et à l'épouvante.

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At the Curb of the Real est d'une certaine violence parce qu'elle nous renvoie à notre rôle de spectateur-voyeur. Mais il faut garder en tête que les images utilisées par Bjørn Erik Haugen ne sont que celles qui habitent nos salons au quotidien. La démarche de Bjørn Erik Haugen tend à capter notre attention sur un instant dépouillé du rythme de la télévision et de l'action mise en spectacle.

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À propos de l'artiste.
Bjørn Erik Haugen est un jeune artiste norvégien diplômé de la National Academy. « À la limite du réel » est une exposition personnelle constituée d'œuvres vidéo traitant de trois problématiques fortement connectées : l'utilisation militaire de l'image en temps de guerre; l'histoire de la vidéo en tant que médium et sa connexion historique et technologique à l'armement ; la violence du contenu du signal vidéo dans le cinéma et les fictions. Cette exposition sera déroulera aussi à la Gallery Pictura, Suède.

La caméra et le fusil
"La télévision transmet la guerre et la violence dans nos salons et la vidéo est un outil autant qu'une arme moderne en temps de guerre, comme l'a montrée la première guerre du Golf. En m'intéressant de plus près à ce phénomène, j'ai pu trouver plusieurs connections et corrélations entre la caméra et les armes à feu depuis le début du développement de « l'image animée ». Par exemple, la première caméra s'appelait « le fusil Chronophotographique », « Canon » est une marque d'appareils photographiques et de caméras, et on utilise l'expression « shoot » pour la prise d'images en photographie et au cinéma, pour ne citer que cela.

De nos jours il y a d'intéressantes et étranges connections. La « PistolCam » est une caméra vidéo à monter sur le pistolet et qui commence à filme lorsque l'arme est braquée. La police américaine souhaite utiliser cette caméra durant le service. Ce produit fabriqué en masse peut à l'ère de Youtube avoir de graves conséquences.

Je fais parti d'une génération qui a grandi devant les reportages de CNN en direct de la première guerre du Golf. Deux choses importantes se sont produites : nous avons été mis face à « l'arme de précision technologique » et à son usage de la vidéo, du satellite et du radar pour sa navigation. Et nous avons assisté à la guerre en directe sur nos écrans de télévision avec CNN, ce qui était en soi un événement médiatique. On pouvait juste s'assoir et regarder des reportages depuis le front 24 par jour, ce que beaucoup ont fait."

B.R.H.

« La caméra et l'arme à feu ont partagé une histoire assez similaires. Pris ensemble, elles sont toutes les deux des instruments de l'œil. Elles sont toutes les deux gouvernées par la métaphore du « tir ». Elles exprimes les relations de pouvoir – celui de viser, tirer, traquer, fixer et capturer. On peut faire une corrélation entre cette interchangeabilité et le détrônement du grand chasseur (le déclin des soi-disant « sports sanglants ») par le prestige croissant de la caméra en tant que prothèse masculine par excellence. La caméra est, en d'autres mots, une arme postmoderne. La classe puissante brandit son pouvoir de « voir le monde » et ses trophées sont des bobines d'images exotiques. Et s'est pour cela que « voir le monde » a si bien fonctionné comme slogan de recrutement militaire. On peut aussi voir cette dynamique par la facilité avec laquelle le « correspondant de guerre » - le plus prestigieux des journalistes – se fond dans le figure du soldat et vice-versa. Comme l'a relevé Foucault, le véritable centre du pouvoir militaire n'est pas les armes mais plutôt les technologies de l'esprit. »

Roger Stahl