Entretien avec Akiko Sasaki, Artiste (mai 2015)

Entretien avec Akiko Sasaki, Artiste (mai 2015)


MF : Vos installations, dispositifs, intègrent à la fois le verre, pour ses dimensions conceptuelles, symboliques, optiques, et à la fois des technologies numériques. D'une façon assez abrupte, j'aurais tendance à vous demander dans un premier temps : Pourquoi le verre ? Pourquoi ces technologies, ces nouveaux médias ?

AS : Mon matériau de prédilection est le verre depuis le début de ma carrière d’artiste sculpteure. Tout d’abord, j’aime explorer les diverses techniques verrières. Je travaille le verre à chaud : soufflage, façonnage, autant que le verre à froid : laminage, taille et polissage, gravure au jet de sable. Je pratique également le thermoformage et la pâte de verre. Je crée des œuvres en utilisant les aspects physiques et sémantiques de ce matériau. Je porte une attention particulière à sa quatrième dimension perceptible de l’espace que la transparence offre, soit le «au travers». Lorsque de la lumière est projetée sur mes sculptures, il se produit une concentration très importante de rayons lumineux qui en sortent et forment les taches de lumière au sol ou au mur. Ainsi, leurs ombres deviennent lumineuses contrairement à l’ombre d’un matériau opaque et il se déploie dans l’espace. J’ai remarqué également que la transparence des formes que je produis, qu’elles soient concaves, convexes ou prismatiques, alliée aux lois de l’optique, transforme radicalement l’image de l’arrière-plan. Ces phénomènes perceptifs de physique, c’est-à-dire, les transformations de la lumière et des images à travers le verre sont tellement présentes sur le plan visuel qu’elles ont fini par devenir l’une de mes principales préoccupations. Je me suis demandé comment créer volontairement et optimiser ces phénomènes et quelle nouvelle signification sera apportée à mes œuvres en soulignant la présence de tels phénomènes. J’ai eu la conviction que l’exploration et la théorisation de ces phénomènes me permettront de réorienter mon travail dans une nouvelle perspective. Ainsi j’ai décidé de faire une recherche-création à pour mes études de maîtrise sur le verre et la lumière. Pour ce qui est de la lumière, j’utilise la projection vidéo pour créer des images lumineuses en mouvement en raison de son adaptabilité et de sa flexibilité grâce à la technologie numérique.

MF : Que pensez vous que les "nouvelles" technologies, ou les technologies numériques, "apportent", en général, dans la création ?  Pourquoi s'y intéresser ?

AS : Je pense que c’est une bonne chose d’explorer ses potentialités en tant que relativement nouveau médium d’expression.

MF : Que pouvez-vous dire au sujet de l'impact des technologies numériques dans les créations en verre aujourd'hui ? Pensez-vous que les technologies peuvent « enrichir » la création en verre (à la fois les oeuvres qui sont produites grâce à des procédés de conception et de fabrication numériques ; à la fois les oeuvres qui "associent" verre et technologies numériques, électroniques) ?

AS : Je pense que les nouvelles technologies peuvent apporter quelque chose de plus à la création des œuvres en verre, tout dépend de la cohérence de son utilisation dans les œuvres.

MF : Quelles sont les limites de l'utilisation des technologies numériques dans l'art, en général, et dans l'art du verre aujourd'hui, pour vous ?

AS : Je pense que l’œuvre ne doit pas devenir une simple prouesse technique tant en général que dans les arts verriers.

MF : L'utilisation des nouvelles technologies devrait-elle être accompagnée, selon vous, d'une réflexion critique sur les nouvelles technologies elles-mêmes en termes social, politique, écologique, économique, etc. ?

AS : Je ne pense pas qu’elle le devrait de façon systématique, mais en raison de sa nature et de son impact sur la vie de tous les jours, l’utilisation des nouvelles technologies dans les arts peut engendrer facilement une réflexion sur sa propre critique.

MF : Peut-être pouvez-vous citer une ou des œuvres qui vous « touchent » plus particulièrement (puisqu’il est question d’affect) qu’une autre dans celles qui font se rencontrer verre et « nouvelles » technologies ?

AS : Ce n’est pas la raison du fait qu’il s’agit de la rencontre de ces deux médiums, mais j’affectionne particulièrement les œuvres d’Olafur Eliasson.

Photo : Akiko Sasaki, D’Aristote à Turrell, 200 x 500 x 500 cm (Dimensions variables). Verres plats laminés et polis. Projection d’image en mouvement d’une durée de 2 minutes en boucle. 2014